
Le sexe a des superpouvoirs ! En effet, il nous aide à nous rapprocher de notre partenaire, à nous reconnecter à notre corps, à éprouver un plaisir immense et à vivre heureux.
Pourtant, le corps décide parfois de répondre à l’excitation d’une manière qui n’a rien à voir avec le désir.
C’est ce que l’on appelle le syndrome d’excitation génitale persistante (SEGP). Il se manifeste par une excitation persistante de la zone génitale, sans désir sexuel, ni stimulation, ni fantasmes.
Contrairement à ce que le terme pourrait laisser penser, ces sensations invasives sont loin d’être agréables. Épuisantes, voire douloureuses, elles peuvent aussi perturber considérablement la vie quotidienne.
Malgré l’intérêt croissant qu’il suscite depuis quelques années, ce phénomène reste mal compris et souvent méconnu. LELO s’est penché sur les sentiments qu’il suscite, les raisons pour lesquelles il est difficile d’en parler, ainsi que sur les démarches qu’impliquent le diagnostic et le traitement médical.
IL NE S’AGIT ABSOLUMENT PAS D’UN « TROP GRAND DÉSIR SEXUEL »
On pense souvent que le SEGP implique une excitation sexuelle inhabituelle. En vérité, c’est tout le contraire : l’excitation physique n’est pas toujours liée à un intérêt, à un désir, à des pensées ou à des fantasmes d’ordre sexuel. On peut ressentir une excitation de la zone génitale en l’absence de désir sexuel. Certaines personnes ont même des orgasmes spontanés ou répétés qui perdurent après l’orgasme. Dans certains cas, le sexe peut calmer les choses ou, au contraire, les faire empirer.
Si l’on pense que le SEGP concerne des « femmes qui éprouvent plusieurs orgasmes », on a tout faux. Cet état d’esprit risque même de transformer un trouble en une curiosité sexuelle qui décourage celles qui en souffrent de se faire aider.
LES SYMPTÔMES PEUVENT AVOIR UN FORT IMPACT SUR LA VIE DE TOUS LES JOURS
Le SEGP se manifeste différemment d’une personne à l’autre. Parmi les symptômes, citons : une excitation génitale persistante ou intermittente, gonflement ou engorgement des organes génitaux (clitoris, lèvres ou parois vaginales chez la femme ; verge et scrotum chez l’homme), des picotements, des pulsations, des démangeaisons, des sensations de brûlure, chaleur ou sensation d’orgasme imminent, des contractions musculaires, une sensation de pression et des douleurs. Ces sensations peuvent durer de quelques heures à plusieurs jours ou semaines.
Ceux-ci peuvent apparaître sans raison apparente et être aggravés par le stress, une position assise prolongée ou la conduite. Leurs répercussions ne se limitent pas à la gêne physique : en raison de leur caractère imprévisible et difficile à contrôler, ils peuvent perturber le sommeil, la concentration, le travail, la vie sociale et les relations amoureuses.
Contrairement à une excitation normale, un ou plusieurs orgasmes (y compris par autostimulation) ne suffisent pas souvent à faire disparaître la sensation, ou n’apportent qu’un soulagement très temporaire.
De nombreuses études ont par ailleurs mis en évidence l’importante charge psychologique associée au SEGP, avec des troubles tels que l’anxiété, la dépression, la honte et l’isolement social. Il est donc essentiel de ne pas l’assimiler à une préférence sexuelle inhabituelle ou à une variation de la réponse sexuelle. Ce syndrome peut avoir des conséquences qui dépassent le cadre de la pathologie et affecter de nombreux aspects de la vie quotidienne.
POURQUOI CE SYNDROME SURVIENT-IL ?
Plusieurs explications sont envisagées. Le syndrome d’excitation génitale persistante ne semble pas avoir une cause unique, mais il pourrait résulter de différents mécanismes. Des chercheurs ont étudié les liens potentiels entre les problèmes nerveux et vertébraux, les troubles du plancher pelvien, des facteurs neurologiques, certains changements anatomiques et d’autres facteurs biologiques et psychologiques. On a également observé des cas faisant état de kystes de Tarlov
ou de troubles des nerfs sacrés , sans qu’il soit pour autant établi qu’ils déclenchent les
symptômes. Les causes peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre, c’est
pourquoi il convient d’effectuer des examens au cas par cas.
DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Le syndrome d’excitation génitale persistante constitue un domaine médical relativement récent et il n’existe à ce jour aucun examen qui permette de confirmer cette pathologie. Le diagnostic commence généralement par une conversation détaillée sur les symptômes : leur nature, le ressenti, leur durée, le moment de leur apparition, ainsi que les facteurs susceptibles de les aggraver ou de les soulager. Les médecins recommandent alors des examens afin de déterminer les facteurs potentiels liés aux organes génitaux, au périnée, au système nerveux ou à la colonne vertébrale.
Les mécanismes étant différents d’une personne à l’autre, le traitement médical l’est aussi. Selon la cause envisagée et les symptômes, on peut l’associer à un traitement de la pathologie sousjacente, à des médicaments, à une rééducation du périnée, à un accompagnement psychologique ou à l’intervention d’autres spécialistes. La recherche étant limitée, il n’existe à l’heure actuelle pas de traitement médical « standard » adapté à toutes. La prise en charge est donc souvent multidisciplinaire et prend notamment en compte les facteurs neurologiques, gynécologiques, pelviens, psychologiques, etc.
ROMPRE LE SILENCE
Le plus difficile lorsqu’on souffre de SEGP, c’est d’en parler. Il reste fréquemment mal compris et on peine souvent à en décrire les symptômes – puisqu’ils relèvent de l’intimité. Certaines personnes éprouvent ainsi de la gêne ou craignent que leur médecin ne les prenne pas au sérieux.
Pourtant, aborder ouvertement la santé sexuelle peut nous aider à mieux comprendre notre corps, sans honte. De l’éducation à l’accompagnement par un professionnel de la santé, en passant par des produits conçus pour se faire plaisir, le bien-être sexuel occupe une place croissante dans les échanges consacrés à la connaissance du corps et au bien-être corporel.
Le SEGP doit être inclus dans ces conversations, mais il faut veiller à ne pas confondre l’excitation involontaire avec le plaisir. Les personnes concernées ne devraient éprouver ni honte ni culpabilité. Lorsque les symptômes persistent, réapparaissent régulièrement ou perturbent la vie quotidienne, il est recommandé de consulter un professionnel de santé qualifié.
L’excitation physique et le désir sexuel ne vont pas forcément de pair. Le corps peut produire des sensations d’ordre sexuel intenses en l’absence de désir ou de plaisir. Chaque individu devrait donc pouvoir en parler sans honte ni « sensationnalisme ».











