Mariage à la japonaise… Quand la « sex recession » gagne la chambre conjugale

La sexualité des Françaises : le désir à l’épreuve du couple et du temps Étude réalisée par l’Ifop pour Passage du désir A) La sexrecession: une tendance d’une ampleur mondiale qui n’épargne pas les couples, particulièrement au Japon
On croyait la « récession sexuelle » avant tout liée à la hausse du nombre de célibataires, souvent vingtenaires ou trentenaires, qui swipent plus qu’ils n’embrassent, coincés entre Netflix et un écran de six pouces. Pas que. Le reflux du sexe a franchi le seuil de la chambre conjugale, et il ne s’est pas essuyé les pieds…. C’est ce que tend à montrer en effet cette enquête Ifop / Passage du désir réalisée à la fois en France (2 000 Françaises) et dans les pays les plus riches (3 600 femmes du G7). Le couple « sexless », ce modèle de couple sans sexe longtemps spécifique au Japon, n’est plus l’apanage de l’archipel nippon, c’est un phénomène mondial dont l’ampleur varie selon les contrées. Mais le plus troublant n’est pas l’abstinence, c’est la sérénité avec laquelle elle est vécue : une grande part des femmes se disent heureuses en amour. Mais si le couple tient, le désir moins. Portrait de ces femmes qui dissocient aimer et coucher, et qui s’en porte plutôt bien. Les hommes, eux, un peu moins.
🔑 CHIFFRES CLÉS 🔑
A) LA SEX RECESSION : UNE TENDANCE D’UNE AMPLEUR MONDIALE, PARTICULIÈREMENT FORTE AU JAPON
1 – Plus de la moitié des femmes vivant dans les pays riches du G7 n’ont pas de rapports sexuels (52%) mais ce manque d’activité sexuelle ne touche pas que les célibataires en manque de partenaire. Dans ces pays, près d’une femme en couple sur trois (31%) admet ne pas avoir de rapports sexuels avec son conjoint.
2 – Le Japon s’impose largement en tête du podium des pays riches où l’activité sexuelle est la plus faible : 66% des Japonaises en couple n’ont pas de rapports sexuels avec leur conjoint, soit un niveau largement supérieur à celui mesuré en Italie (18%), en Allemagne (24%) ou aux États-Unis (28%).
B) LA SEX RECESSION : UN PHÉNOMÈNE QUI TOUCHE AUSSI BEAUCOUP LES COUPLES
3 – En France, une femme sur quatre (26%) assume être inactive sexuellement alors qu’elle est en couple. Et si cette inactivité sexuelle est forte dans les couples « anciens » (55% chez les 65 ans et plus), elle est loin d’être marginale chez des femmes plus jeunes (ex. : 16% des 25-34 ans).
4 – Seuls les deux tiers (66%) des femmes en couple ont eu au moins un rapport durant le mois, dont 41% au moins une fois durant la semaine. À l’inverse, une femme en couple sur quatre rapporte qu’en ce moment, elle fait l’amour moins d’une fois par mois (25%) et une sur dix refuse de répondre (9%).
5 – Le sentiment d’une baisse d’activité sexuelle par rapport au début de la relation est largement dominant : 77% des Françaises en couple ont moins de rapports qu’au début de leur relation, une proportion qui atteint 87% dans les couples formés depuis plus de vingt ans.
C) SI ELLE NE REMET PAS TOUJOURS EN CAUSE LES SENTIMENTS AMOUREUX, L’ABSENCE DE SEXE EST SOUVENT LE SIGNE D’UN MANQUE D’ATTIRANCE POUR LE CONJOINT
6 – L’absence d’activité sexuelle apparaît très liée à la baisse du désir physique ou du sentiment amoureux à l’égard du conjoint. On retrouve ainsi nombre de femmes inactives chez les femmes qui ne sont plus vraiment amoureuses de leur conjoint (64%) ou qui n’éprouvent pas de désir sexuel pour lui (67%).
7 – L’absence de coït ne rime pas pour autant avec une absence totale de vie sexuelle conjugale. Un tiers des femmes en couple inactives sexuellement (32%) ont eu quand même, ces 12 derniers mois, des moments d’intimité sexuelle sans pénétration avec leur partenaire (caresses mutuelles, sexe oral…).
8 – Mais pour beaucoup d’autres, le manque de coït semble refléter une insatisfaction sexuelle. Ces 12 derniers mois, quatre sur dix (41%) ont ainsi préféré se masturber plutôt que d’avoir un rapport avec leur partenaire actuel(le), en particulier chez les femmes insatisfaites sexuellement de leur partenaire (65%).
D) … MAIS QUI NE REMET PAS FORCÉMENT EN CAUSE LES LIENS SENTIMENTAUX AU SEIN DU COUPLE
9 – L’absence de sexe n’empêche pas pour autant l’épanouissement sentimental au sein du couple – 63% des Françaises sans rapports sexuels avec leur conjoint sont satisfaites de leur vie sentimentale actuelle – même si cet épanouissement est plus élevé chez les femmes en couple actives sexuellement (91%).
10 – Il est vrai que ces femmes inactives sexuellement alors qu’elles sont en couple sont nombreuses à juger que la sexualité n’est pas importante pour être heureuse en amour (44%), dans un contexte où l’importance accordée à la sexualité est de moins en moins forte (68% en 2026, contre 81% en 2005).
11 – Parmi les leviers de nature à accroître l’activité sexuelle conjugale, ces femmes citent avant tout davantage de tendresse et d’attention (67%) et une meilleure forme physique (63%), mais aussi la nécessité pour leur conjoint de faire « davantage d’efforts pour être attrayant(e) » (50%).
12 – Une Française en couple sur deux (46%) voit aussi dans les jouets sexuels (sextoys) un levier pour augmenter l’envie d’avoir des rapports sexuels, notamment les femmes les plus jeunes (62% des moins de 25 ans), à forte libido (63%), très féministes (62%) et ayant des partenaires sexuels du même sexe (70%).
| Le point de vue général de François Kraus sur l’étude : | ||
| Le contre-modèle qu’est le Japon nous tend un miroir grossissant de la récession sexuelle qui attend les sociétés vieillissantes des pays riches. Dans un contexte où la sexualité pèse de moins en moins dans la définition féminine du bonheur amoureux, et où la fin du « devoir conjugal » est désormais actée jusque dans la jurisprudence, le couple sans sexe est appelé à devenir une forme de conjugalité de moins en moins honteuse. Reste que le silence des couples sur leur sexualité est peut-être le premier levier à actionner pour que cette abstinence soit choisie plutôt que subie… Car cette abstinence conjugale présente deux visages. Pour une partie des femmes (souvent les plus âgées ou confrontées à des problèmes de santé), elle correspond à un « après-sexe » relativement apaisé et assumé, qui n’entame guère la satisfaction sentimentale. Mais pour d’autres, l’abstinence raconte autre chose – un conjoint qui n’attire plus, un plaisir qui se consomme désormais en solo, et cette requête qu’on n’ose formuler qu’à un sondeur : « qu’il fasse un effort pour être attrayant ». Après des siècles d’injonction à rester belle, l’injonction à être désirable ne se conjugue en tous cas plus qu’au féminin. | ||
| Le point de vue général de Patrick Pruvot sur l’étude : | ||
| « Cette étude confirme ce que nous observons depuis vingt ans : on peut continuer à s’aimer et se désirer moins. 77 % des Françaises en couple font moins l’amour qu’au début de leur relation. C’est l’effet de la routine, pas une fatalité. Et les femmes savent ce qui pourrait raviver leur envie : plus de gestes tendres et d’attention (76 %), plus de dialogue sur leurs envies (65 %), plus de temps à deux (62 %). La sexualité n’est pas un domaine à part, elle reflète toute la vie du couple. C’est le sens du développement durable du couple : les jeux et les accessoires n’ont de valeur que s’ils aident à se retrouver. C’est aussi vrai après 50 ans : une sexualité qui change n’est pas une sexualité qui s’arrête. Elle peut devenir plus lente, plus sensuelle, moins tournée vers la performance. Notre rôle est d’aider les couples à choisir leur intimité plutôt qu’à la subir. »— Patrick Pruvot, fondateur de Passage du Désir | ||
« Étude Ifop pour Passage du désir réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 24 août 2026 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 947 Françaises de 18 ans et plus, dont 1 240 femmes en couple. »











